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"À L'ORIGINE D'UNE RUPTURE ARCHITECTURALE"
Avec 12 bateaux sur les 29 qui prennent le départ, dimanche 6 novembre, du Vendée Globe, VPLP design est le cabinet d'architecte le plus représenté dans la flotte de cette 8e édition - à égalité avec team Verdier, bien sûr ! Retour sur une saga architecturale hors du commun avec Vincent Lauriot-Prévost.
Comment en vient-on, quand on est un cabinet spécialisé dans les multicoques, à dessiner des monocoques pour le Vendée Globe ?
Vincent Lauriot-Prévost : c'est un processus qui part d'un constat pragmatique. A la moitié des années 2000, on voit bien, après Groupama 2 et avec le déclin de l'Orma, que c'est la fin d'un cycle et on décide de se recentrer vers l'Imoca. Nous étions en contact avec Guillaume Verdier, que nous avions eu en stage et qui travaillait sur l'Hydraplanneur d'Yves Parlier après être passé par Finot-Conq, la référence en monocoque à l'époque. On se disait qu'on dessinerait bien un Imoca, mais ni lui, ni nous, n'avions assez de crédibilité séparément.
Et pourtant, en 2006, vous décrochez ensemble la commande de Safran...
Vincent Lauriot-Prévost : nous avions réfléchi à un projet d'Ultime pour Florence Arthaud, proposé à Safran. Puis, quand Safran a choisi l'Imoca, nous avons travaillé sur le dossier de Marc Guillemot, qui était candidat au poste de skipper. Quand il a été retenu par Safran, nous avons embarqué avec lui. Et le sponsor n'était pas contre être à l'origine d'une rupture architecturale.
Quelle a été cette rupture architecturale ?
Vincent Lauriot-Prévost : jusque-là, on faisait des bateaux lourds ET puissants ; nous, nous pensions que, comme en multicoque, on pouvait faire des monocoques puissants MAIS légers. Nous avons donc mené une chasse au poids drastique. Quant à la puissance, nous l'avons obtenue par des plans de forme plus carrés, avec des bouchains très marqués, tout le long de la carène. En même temps, on a reculé les gréements, avec des bômes plus courtes et des pentes d'étai plus importantes, qui permettaient de sortir les étraves de l'eau. On a beaucoup travaillé le tilt de la quille (son angle d'attaque) en l'augmentant fortement, on a développé des dérives courbes pour favoriser l'allégement dynamique, on a simplifié les efforts. Tout cela a donné, dès la première génération d'Imoca, des bateaux au comportement plus nerveux, plus véloce, plus facile. Nos premiers Imoca pesaient 1 à 1,5 tonnes de moins que la concurrence !
Les foils représentent-ils une nouvelle rupture architecturale ?
Vincent Lauriot-Prévost : avant, quand on allégeait le bateau, on perdait du couple de redressement - et on l'acceptait. Aujourd'hui, on est capable, grâce aux foils, d'alléger un bateau sans perdre du couple, c'est la principale évolution de cette décennie, oui ! Et le tilt de quille, lui, est passé de 2 à 7 degrés, entraînant plus de lift et de portance dynamique. A 22-25 noeuds, un Imoca à foils divise presque par deux son déplacement, sans perte de puissance...
Le problème, c'est que les foils sont plus gênants qu'efficaces dans le petit temps et au près...
Vincent Lauriot-Prévost : les premières versions des foils n'étaient pas abouties, c'est vrai. Mais les V2 ont gommé une bonne partie des imperfections. Nous avions conçu des shafts asymétriques pour générer de la force verticale, mais à la gite, nous nous sommes aperçus qu'ils fonctionnaient à l'envers : en fait, c'est le coude entre le tip et le shaft qui délivre la force verticale. Nous avons donc dessiné des shafts symétriques, les plus neutres possible, et les V2 ont beaucoup gagné en stabilité.

Comment s'annonce la prochaine génération d'Imoca ?
Vincent Lauriot-Prévost : sauf en cas de Bérézina, la jauge ne devrait pas radicalement évoluer. Nous avons suggéré de réfléchir à l'équité entre anciens et nouveaux bateaux, les premiers étant très favorisés par l'actuelle jauge : ils peuvent garder leurs mâts et le renforcer, alors que les nouveaux Imoca sont clairement limités par leur mâts monotypes. Côté design, nous allons réfléchir à une évolution des formes de coques, qui pourraient, par exemple, être plus étroites ; il ne faut pas oublier que toutes les équipes nous avaient demandé des carènes prévues pour revenir aux dérives, au cas où les foils ne fonctionneraient pas ! Mais, pour l'instant, personne ne nous l'a demandé...

VERDIER + VPLP = DUO GAGNANT : "Avec Guillaume, nous partageons une vision globale et des convictions communes, tout en ayant des façons de résoudre les problèmes très différentes. Au début, chacun avait son domaine de compétence - carènes et structures pour lui ; le reste pour nous. Puis, au fil du temps, nos deux équipes ont travaillé sur l'ensemble des projets, avec une prédilection pour les structures, qui restent sa spécialité. C'est une association assez vertueuse qui donne des résultats, je crois !  Ce qui ne nous empêche pas de mener aussi des projets en solo, le Figaro 3, par exemple, pour nous, ou les Class40 pour lui."
PALMARÈS

2009
 Transat Jacques Vabre (Safran)
2011 Barcelona World Race (Vibrac-Paprec III)
2011 Rolex Fastnet Race (PRB)
2011 Transat Jacques Vabre (Virbac-Paprec III)
2011 Transat B to B (Macif)
2012 Europa Warm'UP (PRB)
2013 Vendée Globe (Macif)
2013 Rolex Fastnet Race (Macif)
2013 Transat Jacques Vabre (PRB)
2014 Route du Rhum-Destination Guadeloupe (Macif)
2015 Rolex Fastnet Race (PRB)
2015 Transat Jacques Vabre (PRB)
2015 Transat B to B (Edmond de Rothschild)
2016 The Transat bakerly (Banque Populaire)
2016 New York-Vendée (Maître Coq)
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LES 12 TRAVAUX DU VENDÉE GLOBE
Quentin Lucet, Daniele Capua et Xavier Guisnel, qui travaillent, au sein de VPLP design, à la conception des Imoca, passent en revue les 12  bateaux, issus de la collaboration avec Guillaume Verdier et son équipe, qui s'alignent au départ du Vendée Globe.

PREMIÈRE GÉNÉRATION/VENDÉE GLOBE 2008-2009
  • #1 QUEGUINER-LEUCÉMIE ESPOIR (2007) : "C'est le premier de la lignée, mis à l'eau sous les couleurs de Safran pour Marc Guillemot. Il reste une référence en terme de performance et de rupture avec le design de la flotte Imoca."
  • #2 LE SOUFFLE DU NORD (2007) : "Le petit frère de Safran, construit en même temps pour Kito et le groupe Bel, avec carène et structure identiques. Deux départs de Vendée Globe, deux abandons : cette fois c'est la bonne !"
  • #3 PRB (2009) : "La même carène que Safran, une machine optimisée par Vincent Riou dans les moindres détails,  le non-foiler le plus redoutable de la flotte... et le seul plan VPLP design/Verdier à n'avoir changé ni de skipper ni de couleur !"
DEUXIÈME GÉNÉRATION/VENDÉE GLOBE 2012-2013
  • #4 BASTIDE OTIO (2010) : "L'ex Virbac-Paprec III - puis Hugo Boss - est le premier de notre deuxième génération d'Imoca, avec une nouvelle carène plus puissante. Il connaît la route, puisqu'il a gagné la Barcelona World Race en 2011 et s'est classé 4e - sans quille ! - du Vendée Globe suivant."
  • #5 MAITRE COQ (2010) : "On reconnaît bien l'ancien Foncia et la patte de Michel Desjoyeaux, avec, notamment, la géométrie du plan de pont en aile de mouette et une structure un peu différente. Jérémie Beyou y a ajouté cette année une paire de foils."
  • #6 SMA (2011) : "L'ex Macif a eu une brillante carrière aux mains de François Gabart, avec des victoires dans le Vendée Globe et la Route du Rhum. C'était, à l'époque, le sister-ship de Foncia, optimisé en terme de masse."
TROISIÈME GÉNÉRATION//VENDÉE GLOBE 2016-2017
  • #7 SAFRAN (2015) : "Comme en 2007, ce Safran est l'initiateur d'une nouvelle génération d'Imoca à foils. Ce n'est pas une évolution de Macif, car nous sommes reparti d'une feuille complètement blanche, comme pour le premier Safran, qui nous a beaucoup inspiré.
  • #8 BANQUE POPULAIRE VIII (2015) : "La même carène que Safran, mais des appendices et une forme de pont différents. L'équipe technique de Banque Populaire a été très présente pendant le projet pour optimiser le bateau, l'un des plus aboutis de ce Vendée Globe."
  • #9 EDMOND DE ROTSCHILD (2015) : "A la différence de Safran/Banque Populaire, marqués reaching, le cahier des charges de l'écurie Gitana imposait plus de polyvalence. On a beaucoup travaillé l'ergonomie du plan de pont, le centre de gravité et le matossage."
  • #10 STMICHEL-VIRBAC (2015) : "Jean-Pierre est le seul skipper à nous avoir commandé deux bateaux. Son troisième Imoca est un sistership d'Edmond de Rothschild, mais les deux plans différent sur de nombreux détails, en particulier les foils."
  • #11 HUGO BOSS (2015) : "Alex Thomson voulait un "fucking boat" qui aille "fucking fast" ! C'est le plus radical des foilers dans son design : plus étroit, avec un frégatage très prononcé à l'avant"
  • #12 NO WAY BACK (2015) : "L'ex Vento di Sardegna, d'abord commandé par Andrea Mura avant d'être racheté par Pieter Heerema, est le petit frère de Banque Populaire, plus sage et très bien construit."

DEUX FAR(R)S BRETONS ! Deux bateaux, dessinés par le cabinet de Bruce Farr, et qui s'alignent au départ du Vendée Globe, ont fait l'objet d'une profonde évolution, conçue par VPLP design et Guillaume Verdier : Initiatives Coeur et Finistère Mer Vent. "On a refait 40% des oeuvres vives en greffant, sur près de 8 mètres, une nouvelle étrave, plus volumineuse et plus tendue, afin d'améliorer l'équilibre longitudinal du bateau."
L'équipe de VPLP design est présente aux Sables d'Olonne jusqu'au départ du Vendée Globe et disponible pour répondre à vos questions.
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